Les pierres de taile de Dar Chaabane
Les façades sculptées en méplat, avec des décors arabesques, floraux et à géométrie Régulière, que l’on rencontre presque partout en Tunisie viennent dans leur quasi majorité de Dar Châabane au Cap Bon.
Dans cette ville qui tient à sa bonhomie binomiale c’est en fait deux villages, Dar Châabane et El Fehri qui rivalisent d’ingéniosité et de créativité et forment aujourd’hui la même ville et s’adonnent aux mêmes activités, agriculteurs et sculpteurs sur pierre. A travers les deux villes se répartissent des ateliers reconnaissables par ce bruit de burins et marteaux qui fusent de ces ateliers de tailleurs de pierres égrenés sous des arcades d’où sortent tous les jours de vraies œuvres d’art.
Il faut être vigilant et ne pas confondre les sculptures sur pierre et leurs copies fabriquées dans des moules par un mélange de sable, de ciment blanc et de poudre de marbre liés par de la résine : les pierres de tailles et sculptures des pauvres.
L’art de la sculpture sur pierre remonte peut être à l’époque hafside.
La pierre calcaire, le kadhal, est extraite des carrières de Jbel Ajaje et Zamou qui avoisinent le village. D’un grain régulier, cette pierre se travaille facilement et prend, avec le temps, une patine gris rose.
Les motifs se tracent avec un tampon de toile contenant du charbon. Les artisans creusent au burin les lignes du décor. Ils évident les contours du dessin sur une profondeur d’environ un centimètre.
Pour accentuer le mouvement, certains reliefs sont repris au ciseau. Les motifs sont le résultat d’une somme d’apports et d’influences diverses qui se sont mélangés au cours des siècles. Certains viennent des décors géométriques berbères ou puniques, d’autres des chapiteaux romains.
Les symboles sont simples et géométriques et s’inspirent parfois de la calligraphie arabe. Les Morisques, arrivant d’Espagne après la chute de Grenade, introduisent de nouveaux motifs.
Au XIXe s. il y aura même un « style italien ». Les motifs peuvent habiller, d’une simple étoile ou d’un croissant, un chapiteau de colonne, ou vêtir de compositions raffinées -faites d’entrelacs de fleurs et de feuilles – un linteau de porte.
Des inscriptions calligraphiées, dans la plus pure tradition musulmane, s’inscrivent aussi dans la pierre pour invoquer la protection de Dieu sur la maisonnée.
La pierre taillée de Dar Châabane est maintenant recherchée par tous les Tunisiens. Elle donne une note d’authenticité. Si parfois des façades sont surchargées, d’autres réutilisées et adaptées par des architectes créatifs sont des œuvres d’art.
Les bâtiments publics en ont fait usage, comme la Mairie de Tunis, celle de Nabeul, un vrai chef-d’oeuvre en marbre rose et des multitudes touches, composantes et modules en pierre taillée de Dar Châabane. La taille des pierres occupe la population de Dar Châabane, très fiers de leurs métiers et les ateliers se multiplient de jour en jour, ainsi des méga ateliers proposent tout genre de pierres, et exportent partout et surtout aux pays du Golfe qui sont friands de ces sculptures sur cette pierre friable.

